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Charente (16) Confolens arrondissement - 243
dont la première réunion se tint le 19 mars 1789 dans citoyen qui y était installé en maître et qui, diton, refusa
l'église des Jacobins. de le recevoir et même de le reconnaître. En effet,
pendant l'absence de son frère, cette jeune fille à laquelle
Lorsque dans le courant d'avril il regagna son foyer,
peut-être, semblait lourde une tutelle qui, cependant,
après avoir assisté aux diverses réunions et assemblées
d'après le portrait qu'on fait du chevalier, devait être
politiques qui s'étaient tenues à Angoulême, il était, sans
doute, plus que jamais attaché à la royauté, mais aussi, bien douce, peut-être aussi pour déjouer les projets
d'avenir que ce frère faisait pour elle, prêta une oreille
plus que jamais bercé d'illusions libérales vers lesquelles
complaisante aux discours de Monsieur Albert Péruzet,
l'entraînait naturellement son caractère bon.
frère du député du Tiers-Etat de la ville de La
Hélas! Elle n'était que trop imbue de libéralisme la Rochefoucauld et s'empressa d'accepter l'émancipation
société toute entière et la noblesse en particulier, en qu'il venait lui offrir.
cette fin du XVIIIe siècle. C'était ce libéralisme de
S'il faut en croire Monsieur Gigon, à la suite de la
mauvais aloi dont les apôtres Jean-Jacques
première entrevue qui eut lieu entre les deux beaux
Rousseau et Voltaire avaient, par leurs écrits malsains, frères:
saturé toutes les classes de la nation, ce libéralisme
“une violente altercation suivie de voies de fait fut
duquel on tira la liberté au nom de laquelle on commit
le commencement d'une haine implacable qui,
tant de crimes! Les premières conséquences funestes de
ajoute cet auteur consciencieux, autorisa dans le
ce libéralisme ne tardèrent pas à se produire et le 14
juillet était la première démonstration de sa valeur temps certaines rumeurs graves qui subsistent
encore dans le pays.”
comme moyen de gouvernement.
De ce moment commence donc pour Monsieur de
Le comte d'Artois, les princes de Condé et de Conti
Lésignac, cette vie de bête fauve, continuellement
émigraient et allaient se fixer à Coblenz où les
poursuivie par le chasseur toujours au guet, toujours à
rejoignaient en nombre considérable – on pourrait dire
l'affût. Plusieurs fois, il manqua d'être pris et ne dut qu'à
en bataillon serrés – les nobles qui ne se sentaient plus
son agilité d'échapper à ses persécuteurs. On raconte
en sûreté ni chez eux ni à la ville (on ne saurait plus dire
qu'un jour, cerné dans une maison dans laquelle il s'était
à la Cour) et qui ne voulaient pas servir à l'armée en des
réfugié afin de prendre quelque repos, il trouva moyen
temps aussi troublés où les gardes nationales armées
de se sauver en faisant dans la toiture un trou par lequel
étaient un si grand danger pour la nation.
il sauta à terre et que, bousculant tout sur son passage,
Le chevalier de Lésignac avait bien voté, par il s'enfuit dans les bois sans qu'on pût le saisir.
acclamation, avec les autres membres de la noblesse
Très aimé de tous les paysans de la contrée, il trouvait
d'Angoumois, l'adresse au comte d'Artois et les
partout bon accueil: on le cachait, on le protégeait, on
protestations de dévouement, d'aide et de fidélité,
le prévenait du danger. Il se réfugiait tantôt chez l'un,
cependant, jusqu'en 1791, il ne vit pas la nécessité d'aller
tantôt chez l'autre sans qu'on le trahit jamais ni par
rejoindre les princes à l'étranger et, comme il ne se
vengeance, ni pour toucher la prime offerte au
connaissait pas d'ennemi dans toute la province, il s'y
dénonciateur. Et, cependant, les agents du Comité
trouvait en pleine sécurité et n'eût, sans doute jamais
Révolutionnaire était toujours sur ses traces, ne lui
émigré s'il n'eût écouté les conseils intéressés que lui
laissant ni trêve ni merci. Aussi, était-il souvent obligé
donnait un homme qui avait intérêt à l'éloigner de chez
de se cacher dans les bois où des âmes charitables lui
lui. Son absence ne fut pas longue. Elle dura toutefois
portaient les provisions nécessaires à sa subsistance. Sa
assez longtemps pour qu'à son retour chez lui, il fût
fiancée qui, seule, savait toujours où trouver son gîte,
porté déjà sur la liste des émigrés et des suspects du
s'acquitta bien souvent de ce devoir, et avec quelle
district de Confolens et comme tel, recherché, traqué
satisfaction!
par les agents du comité révolutionnaire. Désormais, il
devait se cacher comme un malfaiteur, car s'il était Du reste, la famille Fougeron de la Pélussonie, pour le
arrêté, on l'envoyait directement à la guillotine. chevalier de Lésignac, une seconde providence et, s'il
n'eut péri, lâchement assassiné, il n'y a pas de doute qu'il
Là ne se bornaient pas encore tous les déboires de
ne se fût soustrait au danger de la persécution pendant
Monsieur de Lésignac. En rentrant au château de ses
pères, il trouva sa sœur mariée de la veille avec un les quelques mois que dura encore la sanglante dictature
de Robespierre.
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