Page 238 - Canton_Montemboeuf-0-wn
P. 238
Charente (16) Confolens arrondissement - 238
venger de ce qu'ils n'avaient pu obtenir une seule titres de “réparateur de l'église, réédificateur du
abjuration dans la paroisse, saccagèrent l'église de presbytère, pasteur zélé...” qui fit faire et placer le
Lésignac, la pillèrent et y mirent le feu ainsi qu'au maître-autel et peut-être aussi le tableau représentant
château. Le fer et le feu, le meurtre et l'incendie, le Saint Pierre dans la prison Mammertine sous lequel se
pillage des vases sacrés et la violation des sépultures, trouva dissimulée la grossière peinture à la détrempe
voici les grands moyens des “religionnaires”!... Les bois sur enduit de chaux dont était décoré le mur du fond
de charpente qu'on vient de descendre et les pierres du chœur. On peut croire aussi que c'est messire Henry
calcinées qui étaient demeurées au faite des murs Guingand qui fit faire la chaire, modeste travail de
attestent encore de la violence de ce sacrilège incendie menuiserie dans lequel les moulures de l'abat-voix et la
dans les flammes duquel périrent avec le mobilier de forme des panneaux semblent être de la même époque
l'église les précieuses archives de la paroisse. que le retable.
Les guerres de religion, nous l'avons vu précédemment La maison curiale
ne portèrent pas seulement le trouble dans les
consciences de la population chrétienne de Lésignac. La maison curiale que fit construire ce même curé
Elles y porteront aussi la désolation. L'incendie dont les n'existe plus depuis une quarantaine d'années.
traces étaient encore très apparentes dans les matériaux Devenue inutile par suite de la construction en 1857 du
calcinés qu'on vient de descendre détruisit la voûte, le presbytère actuel, elle fut démolie et son emplacement
mur oriental du clocher et tout le mobilier. Les autels, livré à la culture. Cette maison qui à en juger par le plan
la chaire, les statues, les tableaux, tout fut la proie des cadastral était de vastes dimensions se trouvait au nord
flammes. Elle était en bien pitoyable état la pauvre de l'église dont elle n'était séparée que par la sacristie.
église, et cependant cette fois, on ne pouvait songer à Elle avait donc été construite sur une partie du cimetière
une nouvelle reconstruction, les ressources faisant paroissial au milieu duquel se trouvait l'église et lorsqu'il
défaut. On dut se contenter de faire les réparations les y a quelques années, Monsieur le curé Senmartin voulut
plus urgentes. La force du feu avait fait éclater le mur faire quelques défoncement pour y planter un verger,
de la face Est du clocher dont une partie s'abattit sur la on y trouva quantité de squelettes. On en trouva
voûte du chœur et le rompit. Reprendre ce travail dès également beaucoup en nivelant le sol de la cour de la
la base eût été très coûteux et il n'y fallait pas penser. cure, derrière le chevet de l'église.
N'en refaire la construction qu'à partir de la hauteur de
Le Cimetière
la voûte n'offrait aucune garantie de solidité. On s'arrêta
à un moyen qui satisfaisait à peu près à toutes les Et à ce propos, il est permis d'éprouver quelques
exigences du moment en montant sur le mur du chevet étonnement, d'abord de la simultanéité de deux
la nouvelle façade du clocher et en la soudant par les cimetières à Lésignac, ensuite de l'ignorance dans
côtés aux murs demeurés intacts, ce qui donna à cette laquelle on se trouve de l'époque où cette simultanéité
tour la forme très massive d'un parallélogramme au lieu a commencé. La coutume étant toute récente à Lésignac
de celle d'un quadrilatère qu'il avait auparavant. Les de placer sur les fosses des tombes avec inscriptions, il
voûtes des nefs et bas côtés furent remplacés par des n'est pas possible de savoir à quelle époque on
charpentes avec plafond de bois et on fit, sans doute, commença à inhumer dans le cimetière situé au nord-est
construire deux autels en bois, l'un pour le sanctuaire, du bourg; il est toutefois certain qu'il y a plus d'un siècle
l'autre pour la chapelle, à côté, dédiée à la Sainte Vierge. et que le plan cadastral dressé vers 1838 mentionne le
e
Ce n'est qu'au XVIII siècle qu'on fit l'acquisition du chemin du cimetière comme une voie déjà vieille; mais
maître autel avec son retable en bois sculpté, du plus il est certain également qu'on continue à inhumer dans
pur style de la Renaissance qui, récemment redoré et le cimetière paroissial les personnes qui l'avaient
bien qu'assez mal réparé est encore très digne d'occuper demandé, jusqu'à ce que la partie devant l'église fut
sa place. Remarquons toutefois que pour assortir à ce transformée en place publique et jusqu'à ce que la partie
retable, il eût fallu faire un autel tombeau au lieu de à l'orient fût convertie en cour. Nous aurons d'autres
l'autel cubique à colonnes qu'on a fait. occasions de nous occuper du cimetière.
Toutes les portes restant ouvertes à l'hypothèse, on peut Pour le moment, revenons à notre curé Guingand.
supposer que c'est Henry Guingand, ce curé mort en
Henry Guingand
1710, et auquel on donne dans son acte de sépulture les
© CatillusCarol.Corp

