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Charente (16) Confolens arrondissement - 406
Le Moule à Canoles
A Massignac, le “moule à Canoles” était un terme de
plaisanterie, comme qui dirait un poisson d'avril.
En 1914, quelques temps avant la guerre, M. Hamel
avait une jeune bonne âgée de 18 ans, nommée Marie,
originaire d'un village de la commune de Videix (Haute-
Vienne), très proche de Massignac, sachant à peine lire
et écrire, courageuse à l'ouvrage mais d'une telle naïveté
qu'on se moquait d'elle facilement. Cette année-là donc,
quelques jours avant les Rameaux, M. Hamel s'étant
entendu avec son collègue M. Ladrat, l'autre boulanger,
appela Marie et lui commanda d'aller chercher le “moule
à Canoles” chez M. Ladrat. Marie partit aussitôt. Arrivée
chez M. Ladrat qui avait préparé son affaire, il lui montra
un sac assez volumineux et lourd et lui dit très
sérieusement:
“Que pesant tu se bé, ne se pê si tu pourrès lu
pourtê” (C'est lourd tu sais, je ne sais pas si tu
pourras le porter).
Oh! je suis solide, répondit Marie, aidez-moi seulement
à le charger sur mes épaules. Cela fait, Marie repartit
vers la boulangerie de son patron, traversant tout le
bourg mis au courant et aux aguets. Marie arrive à la
maison en sueur et dans le fournil laisse choir sa lourde
charge.
“Chétivo, s'écria M. Hamel, t'ê cassa lu mounlê à
canolês! Commo van nous fê?” (Chétive, tu as cassé
le moule à canoles, comment allons-nous faire?).
Et de sortir du sac une énorme et lourde pierre, en riant
à gorge déployée devant la pauvre Marie médusée,
comprenant enfin qu'une fois de plus on s'était moqué
d'elle.
Pendant des semaines on parla de la farce à Massignac
et on s'en amusa. La guerre arriva, Marie rentra dans sa
famille, la boulangerie fut fermée et l'après-guerre n'a
pas fait revivre le bon temps d'avant!
Etudes Limousines, nº 46-47, juillet-décembre 1972,
pp. 115; 119; 38
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