Page 400 - Canton_Montemboeuf-0-wn
P. 400
Charente (16) Confolens arrondissement - 400
Le Pain, jadis à Massignac (Charente)
par G. Marsiquet
Leu Po
1.- Lo Kuètcho
II y avait quatre moulins à eau (mule) dans la commune
de Massignac par ordre et tous sur le cours de la Moulde
(Moudo) petit ruisseau qui contourne la colline sur
laquelle est bâti le bourg: celui des Etangs (do Etâ), à la
sortie de l'étang, celui des Gros Yeux (do Grô ùey), celui
de Servolles (Sar-vôlo), enfin celui de Crouzeau
(Cruzeuy), tous séparés d'environ un kilomètre. D'où
sans doute l'étymologie de la Moulde: celle qui moud.
(Cc. la Moldau, rivière de Tchécoslovaquie, sans doute
même étymologie).
Le foyer, avec au-dessus, l'ouverture du four (photo G.
Le meunier du moulin dont on était client venait
chercher à domicile le blé que l'on voulait faire moudre,
moulins à eau se remirent à tourner, on disait: “Nu van
quantité en rapport avec la quantité de farine nécessaire
mena more” (On va mener moudre). Car après la guerre
à une fournée (furnèdo) de pain. On appelait cela la
de 1914 les vieux moulins furent concurrencés par des
küétcho .
1
moulins plus vastes et mieux outillés, placés sur des
Avant que le meunier vienne on mettait la kùétcho, mot cours d'eau plus importants. Alphonse Daudet relate
à mot “la cuite”. Le participe cuite se disant küétcho. Il
très bien cet état de fait en ce qui concerne les moulins
y a simplement une différence d'accentuation. La
à vent dans “Le secret de maître Cornille”.
kùétcho était en général un demi-sac de blé (quarante
A l'origine, il fallait tamiser cette farine (taméza) avec
livres, karante lirè, car l'agriculteur préfère compter en
un blutoir (bétor). Le cylindre du blutoir, muni de toiles,
livres qu'en kilos).
séparait la farine et le son (bren). On distinguait deux
Le meunier (mónyé) montait la chercher dans le grenier
sortes de farine: lo féno flor (la fine fleur) qui servait à
à blé (granyé) qui se trouvait en général au dessus de la faire les gâteaux si on ne la mélangeait pas avec la
cuisine et dont l'ouverture donnait à l'intérieur de la muêdro faréno (la moindre farine) et de même deux
grange et auquel une échelle donnait accès.
sortes de son: lô basèlu ou reposé, menu son avec lequel
Le meunier autrefois transportait les sacs à dos de mulet. on enfarinait les linges de pain (dré dé po) et servait aussi
Mais ensuite il attelât son mulet à une carriole (karyôlo) à engraisser le bétail, et le bren (son proprement dit) que
vers 1900. Il avait l'habitude de prélever quinze livres l'on mélangeait à la brenée ou pâtée des cochons (égè,
par sac, plus tard vingt. On disait qu'il modörèvo. Et pluriel de aygo: eau).
souvent on ajoutait: “0 nu ô rusti” (Il nous a volé).
On descendait la farine (si le blutoir se trouvait au
Lorsque le blé était moulu (môgù) — moudre se dit grenier) dans la maie (ma) à l'aide d'une corbeille (palésu)
môrè — le meunier rapportait la farine (faréno). Plus dénommée palésu blan, car elle était spécialement
tard quand les meuniers ne se déplaçaient plus et consacrée à cet usage.
pendant la Seconde Guerre mondiale où certains vieux
2.- Le Levain (lèvan)
1 Dans le dernier article “les Fauches” le ts dont l'accent
circonflexe sur le s avait été omis à l'impression correspondait à Lorsque la maie était remplie de farine on faisait un
tch. Ex: fau-mantche pour fau-mantse, emutcha pour emutsa, creux avec une assiette (nô tchéto) pour y mettre le
brôtcho pour brotso. D'après la notation phonétique, u = ou, û
levain (lèvân) dans un coin de la maie et l'hiver surtout
= u, ô = eu.
du côté le plus chaud. Le levain était de la pâte prélevée
L'accent circonflexe sur une voyelle est la marque d'une
nasalisation à = an. de la furnèdo d'avan (de la fournée d'avant) et conservée
© CatillusCarol.Corp

