Page 99 - Canton_Montemboeuf-0-wn
P. 99
Charente (16) Confolens arrondissement - 99
“il ignore et ne comprend pas les prétentions” jusqu'à présent il ne s'est pas écoulé un assez
longtemps pour qu'il puisse jouir sur la pièce en
du curé de Chàtelars, (son frère avec qui il venait de se
question de la faveur accordée par la déclaration de
brouiller).
défrichement.”
Là ne se borna pas le différend entre les deux frères, et
Pour la question de la dixme des chanvres, les experts
le 17 août 1781 s'ouvrit un nouveau procès entre Bastier
curé de Châtelars et Bastier du Temple, propriétaire du furent unanimes pour le curé contre l'avocat, qui accuse
alors le curé: “d'avoir fait la semonce aux experts”. A la
fief de Châtelars et de ses trois 1.- De la pièce dite du
Roudillerie, l'avocat fait observer que la grange seule est
Peyras, proche l'étang appartenant au logis du Châtelars,
sur Châtelars, tandis que la maison, les autres bâtiments
que ledit du Temple affirme exempte de dixme, et
et domaines sont sur Cherves et que le chanvre récolté
2.- au sujet de la dixme des chanvres que ledit Bastier l'a été dans le jardin (exempt de dixmes). Mais l'avocat
du Temple a affecté de supprimer dans les trois est obligé de convenir qu'il a fait un jardin dans plusieurs
métairies de Chez-Bonnaud, du bourg de Châtelars et pièces; et les experts constatent que les jardins, dont les
de la Roudillerie, et haies et clôtures ne sont pas suffisantes pour entraîner
3.- au sujet delà dixme des agneaux, dont il refusait le exemption de dixmes étaient ensemencés en chanvre.
solde pour le nombre d'agneaux ne formant pas une Ils condamnent l'avocat à payer quarante sous pour la
dizaine complète. dixme des chanvres de la Roudillerie.
Dans cette controverse en trente-cinq rôles d'une Dans les dépositions pour ce procès, on use de
écriture fine du notaire Veyret-Ducluzeau, il arrive au persiflage et de moquerie. C'est ainsi que le curé dépose:
curé de malmener un peu l'avocat qui brille dans cette “être très surpris de l'affectation du sieur du Temple
affaire surtout par sa mauvaise foi,... témoin ce passage à lui donner, dès le commencement du procès,
du procès-verbal au sujet de la pièce du Peyras: tantôt la qualité de desservant, tantôt celle de vicaire
“a été répliqué par ledit sieur curé, que quand même perpétuel; à la vérité un avocat d'environ cinquante
la bonne foi se serait retirée, elle devrait se retrouver ans devrait savoir que le mot de 'vicaire perpétuel'
dans un avocat d'âge mûr, et que le sieur du Temple est un mot usé et que 'desservant' ne désigne qu'un
n'en faisait pas tout à l'heure usage, étant certain prêtre commis par l'évêque pour servir
que lui-même, avant d'avoir arrenté le logis de temporairement une paroisse; le sieur du Temple
Châtelars, étant alors sans qualité, simple marchand ignore que Louis XIV, par un édit, a donné la qualité
de bois, il avait acheté pour une somme de curé à tout prêtre qui possède un bénéfice à
considérable les bois de cette même pièce (ce charge d'âmes... Mais le sieur du Temple étant
qu'offrait de prouver le sieur curé) et y avait fait maître de forge et n'ayant la profession d'avocat que
arracher plusieurs souches... etc... ” depuis deux ans environ n'a pas eu le temps de lire
les ordres et édits de nos rois; néanmoins ledit sieur
L'avocat piqué au vif prend acte des paroles
curé espère que, vu Implication du sieur du Temple
“du vicaire perpétuel, qui l'accuse de ne point user de à faire battre le fer, il deviendra aussi un excellent
bonne foi, se réserve de prendre à cet égard telles avocat.”
conclusions qu'il avisera dans la suite”.
Le sieur du Temple riposte:
Il ergote ensuite sur ce qu'il possédait son titre d'avocat
“qu'il ne répondra point aux termes plats du sieur curé,
avant la coupe de ces bois, etc...
il méprisera son dialogue sur le maître de forge, quoiqu'il
Le curé riposte: possède bien réellement ce titre par l'arrentement qu'il
“le sieur du Temple devrait s'apercevoir dans la a fait du fief de Châtelars et qu'il commence à ne
réponse qu'il vient de faire: en disant qu'il était soupirer (sic) qu'au moyen de faire produire cette forge”
licencié avant la coupe du bois de Châtelars qu'il ne (de Châtelars). 95
peut s'empêcher de convenir de la vérité du fait
énoncé par ledit curé qui en requiert acte, étant
95 Il faut noter que jadis le titre de "Maître de forge" était un titre
certain que ledit sieur du Temple n'a été licencié
qu'on ne pouvait porter sans justifier de certains droits, mais à
qu'après l'âge de 30 ans et que depuis sa licence cette époque il avait perdu de son importance, puisque le sieur
curé cherche à le tourner en dérision pour offenser son frère.
© CatillusCarol.Corp

