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Charente (16) Confolens arrondissement - 134

        populations qui voyaient souvent plusieurs seigneurs se peu,  les  seigneurs  abandonnèrent  à  l'Église  et  à  ses
        disputer les mêmes droits de rente et les leur réclamer prêtres  parties  des  rentes  à  eux  dues  dans  leurs
        chacun de leur côté. De plus, au cours des siècles, le domaines, à charge par les établissements religieux, de
        souvenir  des  seigneurs,  qui  avaient  primitivement fournir certains services spirituels, déterminés dans l'acte
        concédé  ces  terres,  s'était  effacé  dans  l'esprit  des de ces donations.
        tenanciers successifs, et dès lors ceux-ci étaient plutôt    C'est ainsi qu'un seigneur de Montbron, dont le domaine
        portés  à  considérer  la  rente  seigneuriale  comme  une
                                                                     s'étendait sur une partie du territoire des paroisses de
        charge sans raison d'être, que comme une redevance
                                                                     Cherves et de Châtelars, concéda des droits de dixmes
        juste. Aussi la Révolution trouva-t-elle le terrain bien
                                                                     aux curés de Cherves et de Châtelars, dans les quartiers
        préparé .pour la suppression des rentes seigneuriales et     de Chez-Veyret , Fougères et les Jaulières.
                                                                                      125
        des dixmes.
                                                                     D'ailleurs  quand  s'organisèrent  les  groupements
        II.- La dixme était la charge imposée au propriétaire de
                                                                     religieux  autour  de  leurs  églises,  les  membres  de  ces
        certaines terres, de verser une partie du revenu au profit
                                                                     associations  s'occupèrent  d'organiser  le  culte  d'une
        d'établissements  religieux,  dont  les  membres  étaient    façon stable, et consentirent par des actes authentiques
        chargés de toucher ces prélèvements, et qu'en raison de
                                                                     des redevances, le plus souvent en nature, au clergé qui
        ce fait on appelait “décimateurs”. Ce droit de dixmes
                                                                     desservirait leur église. De là ces dixmes ou redevances
        ne s'élevait presque jamais au dixième du revenu total;
                                                                     en  nature,  perçues  par  le  clergé  pour  sa  subsistance
        il n'était que le douzième ou le treizième, quelquefois le   d'après  un  droit  très  légitime,  résultant  d'un  contrat
        seizième et même le vingtième du revenu. La coutume
                                                                     bilatéral  accepté  par  les  deux  parties  et  dont  on
        de chaque province, et quelquefois même de chaque
                                                                     conservait l'acte avec soin: telle la dixme des agneaux,
        paroisse, faisait loi en cette matière et donnait souvent
                                                                     des chanvres, des avoines qui fut d'abord spontanée ou
        lieu à de multiples discussions.
                                                                     créée en retour de quelque charge particulière pour le
        Ces dixmes, perçues par les membres du clergé, avaient clergé et qui plus tard devint obligatoire, en vertu d'un
        une origine très reculée, bien fondée, et très légitime, contrat spécial.
        quoi qu'en pensent certains, hobereaux de village.
                                                                     Il faut noter de plus, qu'au cours des siècles chrétiens,
             “Ne croyons pas que l'homme donne sans motifs grand nombre de personnes en mourant, pour s'assurer
             valables,  il  est  trop  égoïste  et  trop  envieux  pour des suffrages et des prières après leur mort, transmirent
             cela... Quel que soit l'établissement ecclésiastique à l'église et à ses diverses institutions, partie de leurs
             ou  séculier,  quel  que  soit  le  clergé...  les revenus, ou partie de leurs domaines, en échange d'un
             contemporains qui l'observent ne lui livrent leurs certain nombre de messes ou de services religieux qui
             volontés  et  leurs  biens  qu'en  proportion  de  ses devaient être célébrés à perpétuité pour le repos de leur
             services,  et  l'excès  de  leur  dévouement  peut  se âme.
             mesurer à l'immensité du bienfait”,
                                                                     Ces biens en s'accumulant formèrent le riche patrimoine
        a dit Taine dans l'Ancien Régime.                            de  l'Eglise,  dont  le  protestantisme  s'empara,  en
                                                                     Allemagne et en Angleterre dès le XVI  siècle, et qu'en
                                                                                                               e
        Il est facile de se rendre compte de l'origine juste et
                                                                     France nationalisa la Révolution .
                                                                                                        126
        légitime de l'ancien droit de dixmes, en usage avant la
        Révolution. Quand les Francs s'établirent en Gaule par       125  Le droit de dixmes dans les quartiers de Chez-Veyret n'avait
        droit  de  conquête,  les  vainqueurs  se  partagèrent  les été concédé au curé de Châtelars qu'à la condition de célébrer
        terres  en  expropriant  les  vaincus,  qui  se  trouvèrent chaque année une grand'messe dans l'église de Cherves le jour de
        réduits à l'état de serfs sur leurs propres terres et durent  Notre-Dame (8 septembre), avec cette clause que “si cette messe
                                                                     était omise une seule fois les habitants seraient en droit de refuser
        payer des redevances à leurs nouveaux maîtres, devenus
                                                                     la dixme”, ainsi qu'en témoigne une déclaration des habitants de
        leurs  seigneurs  par  droit  de  conquête.  Lorsque  les
                                                                     Cherves, le 7 juillet 1782.
        seigneurs furent devenus chrétiens, l'Eglise leur montra     126  Les actes originaux ou les copies authentiques de ces actes de
        la nécessité de créer sur leurs domaines les ressources donation  constituaient  le  chartrier  de  l'église  ou  de  la
        nécessaires à l'entretien de la religion et de ses ministres. communauté:  Avec  rage  le  protestantisme  et  la  Révolution

        Les  rois  y  prêtèrent  la  main  et  les  ordonnances,  de  détruisirent les chartriers des églises, on détruisait ainsi les titres
                                                                     de la propriété ecclésiastique, et on facilitait le passage de ces
        Pépin-le-Bref  en  765  et  de  Charlemagne  en  779,
                                                                     biens entre des mains usurpatrices, ce qui a permis d'écrire cette
        rendirent obligatoire la dixme du blé et du vin. Peu à
                                                                     boutade ; La Révolution -en France n'a été qu'un changement de
                                                           © CatillusCarol.Corp
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