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Charente (16) Confolens arrondissement - 938

        On ne manquera pas de nous dire que c'est par millions
        que l'on compte ceux qui ont versé leur sang sur les
        champs  de  bataille;qui  l'ignore?  Certes  celui-là  qui,
        contre sa volonté et ses aspirations, fait soldat de par la
        loi, verse, sans goût pour les combats, son sang dans
        des  guerres  dont  le  but  et  la  portée  politiques  lui
        échappent, est digne de toute sympatique compassion
        et  ses  malheurs  nous  intéressent!  Que  d'autres,  par
        amour de la vie de soldat, en y cherchant la fortune et
        la  gloire,  éprouvent  des  accidents  militaires,  c'est
        regrettable sans doute, mais ce sont affaires à eux. Ce
        que nous admirons  chez nos quatre jeunes amis, ce
        n'est point la passion du métier des armes, dont pas un
        d’entr'eux  sans  doute  (s'ils  eussent  échappé,  et  en
        supposant qu'ils eussent eu les talents nécessaires pour
        y parvenir) n'eut voulu faire sa profession; ce qui nous
        touche chez ces nobles enfants, comme chez tous ceu
        qui  ont  senti  comme  eux,  c'est  ceci:  la  patrie  est  en
        danger.  Dans  leur  généreux  amour  filial,  ils  ne
        distinguent point la patrie de leur mère ; on leur dit
        qu'on se fait tuer pour elle, là-bas, ils y courent! ...Qu'on
        en rie, si l'on veut, moi je vous dis que je ne peux pas
        écrire ces choses-là sans pleurer... Il est vrai que je pleure
        encore chaque fois que je relis le récit de la conduite des
        Spartiates  aux  Thermopyles;  et  vous-même,  je  vous
        défie, pour peu que vous ayez l'âme bien placée, de
        prononcer tout haut ces paroles, sans que votre voix
        soit émue: — “Va dire à Sparte que nous sommes morts
        ici pour sa défense et pour obéir à ses lois”  — Hé bien!
        Voici  l'adieu  que  le  plus  jeune  de  nos  quatre
        campagnards  recevait  de  ses  frères  mourants  sur  le
        champ de bataille, quelques semaines après avoir quitté
        le toit maternel: —.“Petit frère, si tu n'es pas tué toi
        aussi, et que tu retournes au pays, tu diras à notre mère
        que nous avons fait notre devoir.... ” Et deux ans plus
        tard, invalide à seize ans, il venait le redire au village.





























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