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Charente (16) Confolens arrondissement - 912
tenté, parce que les sens ne peuvent pas saisir le mouvement de tu n'es pas sans quelques notions de balistique, de l'action des
la lumière, de croire faussement qu'elle est instantanée, qu'elle se leviers; mais si c'est mon volume ou ma masse qui t'a effrayé,
fait au moment et ne se fait qu'au moment précis où elle est pourquoi n'avais-tu pas peur de ma maison qui est à côté et au
perçue, sans la logique et les expériences minutieuses et délicates moins 50,000 fois aussi grosse? — Ta maison est un corps inerte
par lesquelles on est arrivé à démontrer qu'elle se meut, et se meut qui ne se meut ni ne bouge, qui ne sent ni ne perçoit, ni ne réagit
avec une vélocité excessive, on en viendrait donc à cette volontairement et qui n'a ni l'intention, ni le pouvoir conscient de
conclusion absurde de nier d'autant plus le mouvement de la me nuire — Diable! nous sortons cette fois des notions
lumière, par cette considération étrange qu'elle se meut d'autant plus élémentaires des propriétés primordiales de la matière, des
vite que sa vélocité est d'autant plus grande? Le tonnerre c'est la raison, attributs des corps, en tant que corps simplement physiques, et
l'éclair c'est l'instinct!... nous nous élevons aux notions de leurs attributs, de leurs
Pour la divinité une et absolue, pouvoir et droit ne sont qu'une seule propriétés de rapport, en tant qu'animés; mais pourquoi, me
et même chose, un seul et même attribut de la volition première, voyant la puissance nécessaire et me croyant pourvu du libre
condensée en une formule unique, vouloir; pour les créatures, êtres arbitre voulu pour l'exécuter, as-tu supposé que je pourrais avoir
complexes, êtres de rapports, ils sont distincts. l'intention de te nuire ? — Parce que tout en ne me rendant pas
Voyons, petit monstre, sur la personne duquel je viens de bien compte comment la chose que je faisais et qui m'était utile
pratiquer une si éclatante consécration du droit héroïque, (étant et commandée par mon devoir pouvait être mauvaise en soi, ni
vrai ce principe: que celui-là seul a le droit d'ôter qui a le pouvoir même pouvait t'être désagréable, j'ai craint que dans le cas où elle
de donner, et il est vrai, je le sais, je le sens, par la raison, par te déplairait tu n'agisses envers moi comme je le fais envers ceux
l'instinct, par le tonnerre et par l'éclair; étant conséquemment qui sont plus petits et plus faibles que moi, lorsqu'ils font quelque
vraie sa réciproque: que celui-là doit avoir le pouvoir de donner qui a le chose qui ne me plaît pas. — Diable, diable, voilà qui s'élève!
droit d'ôter, puisqu'il n'a le second qu'à la condition d'avoir le Non pas précisément la morale, mais nous sortons complètement
premier); si, en droit, j'ai eu réellement ce (lui n'est pas, le droit qu'en du terre-à-terre des faits matériels proprement dits, nous nous
fait je me suis arrogé de t'ôter la vie, je devrais donc avoir en droit élevons aux notions dans l'abstrait, à la connaissance des
le pouvoir de te la rendre, ce qui n'est pas en fait, et devrait être conditions métaphysiques de nos déterminations, à la
si j'avais eu le droit de te l'ôter; nous pouvons aussi admettre pour connaissance et à la distinction psychologiques du moi et du toi,
un moment que j'ai le pouvoir de te la rendre: supposons donc en opérant par l'un des plus féconds procédés de la raison,
que je te l'ai rendue, et réponds-moi. l'analogie! Nous voguons en pleine métaphysique!!! Tu
— Quand je me suis approché, pourquoi as-tu laissé ton ouvrage m'intéresses; après? — Après, il n'y a plus rien, puisque de par
et as-tu tourné précipitamment à la face postérieure du rameau, ton droit héroïque, comme tu l'appelles, tu m'as envoyé au trépas.
celle qui m'était opposée? — J'ai eu peur. — Tu as eu peur, la — C'est juste, et tu ne veux point que je l'oublie, mais avant cette
peur est un sentiment instinctif, c'est bien; mais pourquoi, ayant brutalité que tu me rappelles si à propos, avant le moment où
peur, te mettais-tu derrière cette branche? — C'était pour j'appris, te prenant sur le fait, que j'étais redevable à toi du pinçage
échapper à ta vue, sachant que tu ne pouvais me voir à travers et de mes branches charpentières, nous nous étions déjà vus d'autres
que, pour me découvrir, il faudrait que tu songeasses, à porter fois: une entr'autres, un matin que tu te promenais lentement sur
tes regards autour, puisqu'elle me débordait de chaque côté. — le limbe d'une feuille de poirier Colmar-Logérias (*), te carrant
Ceci me prouve que tu as connaissance de certaines propriétés crânement en faisant miroiter aux rayons du soleil levant la moire
différentielles des corps, de l'opacité, par exemple, et que de plus chatoyante de ta robe d'émeraude; tu ne pouvais avoir rien à
tu as certaines notions d'optique, tout au moins de la progression redouter équitablement de ma colère. — Equitablement, non,
de la lumière en ligne droite; mais pourquoi te tenais-tu immobile, puisque je ne faisais encore que repasser mes outils pour me
au lieu d'aller et de venir, puisque tu te croyais caché? — Etant. mettre au travail. — Alors pourquoi,quand j'ai voulu te prendre
à peu près de la même couleur de la branche, collé et immobile pour mieux t'examiner, t'es-tu laissé tomber, chutant de feuille
contre elle, j'avais des chances de n'être pas remarqué. — en feuille, jusqu'à terre avec le petit bruit sec et saccadé d'un grain
Non-seulement tu as des notions de certaines propriétés des de sable inerte, et contrefaisant le mort (**), à ce point que je
corps, de la manière de progresser de la lumière, mais tu n'ignores t'avais abandonné, te prenant bien pour tel, lorsqu'en me
pas non plus certaines propriétés de rapport, certaines conditions retournant je t'ai vu envoler? — Parce que j'avais peur; tes
favorables à la visibilité des corps; il est évident en effet, par ta intentions respiraient l'innocence, tu le dis, mais qui m'en assurait?
conduite et ta réponse, que tu sais que la condition de deux corps, Car s'il faut te l'avouer, ta personne n'a rien qui me séduise, sur
juxtaposés ou peu éloignés, dont l'un se meut pendant que l'autre tout tes appendices — Mais enfin pourquoi te laisser choir au
est en repos, favorise leur perceptibilité par la saillie qui résulte de lieu de t'envoler? — Je m'en vais te le dire: vraie ou fausse, c'est
leur différence d'état. Tu avais peur de moi, dis-tu? Pourquoi? — une croyance chez nous comme chez vous, que l'ours ne touche
Pas plus gros que je suis, qui n'aurait peur en voyant s'avancer pas à la chair morte, et même l'un des vôtres a écrit là-dessus un
une masse comme la tienne, parfaite ment armée pour l'attaque, assez joli petit conte; tu devrais le connaître. — Je l'ai lu au jeune
munie de longs appendices flexibles se mouvant en tous sens et âge, j'ai un peu oublié, mais je le relirai, tu me piques, continue.
terminés par des griffes formidables. — Ah! ah! c'est très bien, — J'étais, comme tu sais, en train de faire ma toilette, je ne t'avais
en outre des propriétés des corps, du mouvement de la lumière, pas vu venir; quand j'aperçus tes appendices, il n'était plus temps
de certaines conditions de visibilité, tu possèdes encore la de fuir, je me laissai tomber et en faisant le mort, je pensais que..”»
connaissance de la loi primordiale qui régit la matière, c'est-à-dire — Je ferais comme l'ours! ah! tu penses donc! et assez juste
la puissance newtonienne de la masse, et tu donnes à entendre que même; ah! je l'aurais parié: Dieu a donc mis en toi une petite
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