Page 588 - Canton_Montemboeuf-0-wn
P. 588

Charente (16) Confolens arrondissement - 588

                                                   Un Disciple de J.-J. Rousseau


                                                Le Dr Veyret, de Montemboeuf

                                     I                                                            II


        Les pages ci-jointes, que les amis des amis des Etudes                       Les Quatre Frères Veyret
        locales lirons, je crois, avec plaisir, sont empruntées à
                                                                      ... 0 mon pays, je te raille! Et pourtant je t'aime, je t'aime,
        un  livre,  La  Pomone   délivrée,  paru  en  1865,  dont
                                1
        l'auteur; le docteur Veyret, habitait Montemboeuf.           car toi aussi tu as eu tes beaux moments!
                                                                     Tu  as  eu  à  ton  heure  tes  humbles  et  généreux
         Dans la XXXIII  de ses Lettres Charentaises (23 février
                          e
                                                                     dévouement patriotiques, ignorés, oubliés de la lyre  qui
        1866), M. Babaud-Laribière a présenté à ses lecteurs,
                                                                     chante  la  gloire  dorée  qui  pose!  Humbles,  oui,  mais
        1'oeuvre du docteur G. Veyret:
                                                                     touchants et nobles pourtant. Tu as vu quatre jeunes
             “Je dois bien parler aussi de la Pomone délivrée, par frères aînés ou puînés de quatorze autres frères, unis par
             le docteur Veyret, de Montemboeuf, livre étrange, la main et par le cœur, donner le baiser de l'adieu à la
             spirituel, fantasque, poétique et bizarre, dans lequel bonne mère et partir! Ce jour-là, le 1er bataillon des
             sous    prétexte     d'une     méthode       nouvelle volontaires de la Charente comptait quatre soldats de
             d'arboriculture    fruitière  ornementale,  l'auteur  se plus. Tu as vu ces quatre généreux jeunes gens, je me
             livre  à  toutes  sortes  d'élucubrations  scientifico trompe, ces quatre généreux enfants, voulais-je dire, car
             fantaisistes.  C'est  un  ouvrage  mal  conçu,  sans l'aîné avait à peine vingt ans et le plus jeune pas quatorze
             méthode, souvent obscur et mal écrit, et pourtant encore, au premier appel de la patrie en danger, voler à
             sa lecture vous attache, et l'on ne peut guère en la frontière du Nord... Quelques semaines après, deux
             détacher une fois qu'on y a mis les yeux. Beaucoup d'entre eux  ne lui devaient plus rien!... Ils n'avaient plus
             de passages vous impatientent, plusieurs autres vous rien à  lui donner. Des deux seuls qui restaient, à moins
             retiennent;  c'est  un  mélange  de  pensées de deux années de là, le plus jeune, devenu à son tour
             quintessenciées à l'excès et de pages d'un charmant inhabile à la servir, retournait humblement au pays natal,
             naturel. Une poésie bien sentie, bien vraie, s'y mêle traînant d'ambulance en ambulance, d'étape en étape le
                                         3
                       2
             au pathos  et à l'amphigouri . Il y a de petits tableaux reste  de  ses  chairs  que  la  baïonnette  et  la  mitraille
             champêtres, des descriptions naïves que Bernardin autrichiennes  n'avaient  pu  finir  de  lui  arracher.  Des
             de Saint-Pierre ne désavouerait pas. On sent que temps vinrent où il fallut cacher le sang qui coulait des
             l'auteur est un homme de la nature, primitif, naïf, blessures reçues au service de la patrie... O toi, jeune
             bon,  sincère,  mais  aussi  rude  parfois,  anguleux mutilé qui devais être mon père, ô vous, ses frères, que
             même,  sans  apprêt,  tout  d'un,  jet,  une  sorte  de je n'ai point connu, puissent ces trois lignes d'histoire
             philosophe sentimental de la fin. du XVIII  siècle. ignorée, oubliée de la lyre qui chante la gloire dorée qui
                                                           e
             Il a toute la sauvagerie et tout l'enthousiasme de pose, consacrées par l'un des vôtres, tout vôtre, votre
             1'école de Rousseau. Il nous attendrit sur un nid de admirateur passionné, au souvenir de votre généreux
             fauvette, et il nous émeut au récit enthousiaste de dévouement patriotique, vous récompenser au-delà de
             l'héroïsme de son père et de ses oncles, courant à la tombe, quoique tardivement, de votre vie, de votre
             la frontière pour défendre la patrie en danger. Ce sang,  de  votre  chair  que  vous  avez  laissés,  pour  la
             volume  n'indique  pas  un  bon  écrivain,  dans défense de la patrie, sur sa frontière, sur le sol ennemi,
             l'acception littéraire du mot, mais il révèle à chaque sur le champ de bataille!...
             page un bon citoyen. Âme tendre sous une rude
                                                                     On ne manquera pas de nous dire que c'est par million
             écorce,  courage  stoïque  dans  une  condition
                                                                     que l'on compte ceux qui ont  versé leur sang sur les
             modeste, ami des petits et des faibles, les enfants,
                                                                     champs  de  bataille;  qui  l'ignore?  Certes,  celui-là  qui,
             les  oiseaux  et  les  pauvres,  nature  poétique  et
                                                                     contre sa volonté et ses aspirations, fait soldat de par la
             généreuse, voilà l'homme qu'on découvre dans ce
                                                                     loi, verse, sans goût pour les combats, son sang dans les
             livre!...”
                                                                     guerres dont le but et la portée politique lui échappent,
        1 Déesse des fruits et des jardins dans la mythologie romaine.
                                                                     est  digne  de  toute  sympathique  compassion,  et  ses
        2 Affection, maladie, (du gr.).
                                                                     malheurs nous intéressent! Que d'autres, par amour de
        3  Discours, écrit confus et obscur, (ret.).
                                                           © CatillusCarol.Corp
   583   584   585   586   587   588   589   590   591   592   593