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La Préhistoire Française

            2 - Les Précurseurs




                  L'Antiquité confondait sous les noms de "pierres de foudre" (lapides fulminis) ou
            de "Céraunies" (Cerauniae gemmae) les objets étranges que l'on trouvait çà et là dans
            le   sol,   et   que   nous   classons   en   aérolithes,   fossiles   et   pierres   taillées   ou   polies

            préhistoriques. On cite toujours les vers de Lucrèce : "Mains, ongles, dents, pierres et
            rameaux des forêts furent les armes antiques...", et l'information ethnographique de
            Tacite selon laquelle les Finnois n'avaient d'autres armes que des os pointus et des

            cailloux tranchants.


                  Le Moyen-Age, en adoptant la tradition biblique d'un Paradis terrestre, faisait
            revivre en lui donnant un caractère sacré, le rêve d'un âge d'or; et la chronologie, tirée
            de l’Écriture Sainte, fixa la date de la Création et celle du Déluge; elles sont encore

            imprimées dans certaines Bibles.


                  Les superstitions attachées aux pierres de foudre n'en disparaissaient pas pour
            autant; elles subsistent encore.


                  On attribue souvent à Michel Mercati, qui vécut à Rome au XVIème siècle,

            d'avoir été le précurseur de la science préhistorique, ce qui est en partie vrai. Mais il
            faut attendre le mémoire d'Antoine de Jussieu (1723) pour que soient expliqués, grâce
            à l'ethnographie, l'"origine et les usages des pierres de foudre". Le Père Lafitau
            développe   les   idées   de   Jussieu   dans   un   rarissime   ouvrage   intitulé   "Mœurs   des

            Sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps". En 1734, Mahudel
            présentait à 1'Académie une communication "Sur les prétendues pierres de foudre",
            qui étaient en fait des armes ou des outils primitifs;  l’illustration en apporte la

            démonstration. L'Académie ne fut pas convaincue, reprochant à Mahudel de n'avoir
            pas démontré "les raisons qui prouvent l'impossibilité que les céraunies se formassent
            dans les nuages".


                  Dans la 7ème partie des Époques de la nature, Buffon tranche : "les premiers

            hommes ont commencé par aiguiser en forme de hache ces cailloux durs, ces jades,
            ces pierres de foudre, que l'on a crues tombées des nues et formées par le tonnerre, et
            qui néanmoins ne sont que les premiers monuments de l'art de l'homme dans l'état de

            pure nature". Il ajoute qu'ils ont aiguisé d'autres petits cailloux pour en armer leurs
            flèches.


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